Réflexion Concernant la
pratique de l'alpinisme, de l'escalade,
du ski-alpinisme ou de tout
autre discipline impliquant l'utilisation de matériel de
sécurité, qu'il soit classé EPI ou non.
(Pascal Cavoret le 05-12-2006)
C'est le terrain qui impose à
l'homme la nécessité de s'adapter et de créer de
nouvelles techniques et de nouveaux outils.
L'enjeu est de taille, car s'il est bon
d'évoluer avec son temps, il importe de ne pas se laisser
imposer sa manière de faire par des fabricants ou des
règlements inadaptés, il en va de nôtre liberté.
De mon point de vue, une idée à
défendre : Toute pratique est acceptable si elle respecte
autrui.
LE MATERIEL DE SECURITE UNE
VÉRIFICATION CONTINUE:
Valable pour les possesseurs de
matériel qui en font un usage personnel ou directement sous
leur contrôle.
Le cas des clubs et des magasins de
location étant sensiblement différent, le matériel
« tournant » entre les individus, sans
possibilité de contrôle direct.
Il importe de démontrer que
l'usage et le professionnalisme implique une vérification
permanente et souvent "continue" des éléments
de sécurité.
Dans la majeure partie des cas, ce
"regard"permanent est efficace et adapté à
l'utilisation du matériel, aux disciplines pratiquées,
ainsi qu'aux contraintes du terrain.
On peut donc affirmer que cette
vigilance permanente est bien plus pointue qu'une vérification
ponctuelle et espacée:
La vérification du matériel
se fait ainsi à chaque utilisation.
Pourquoi ce type de contrôle
est-il possible et dans la plupart des cas, suffisant:
1-des outils simples.
2-un contact direct avec l'outil.
3-un matériel personnel.
1-Le matériel de sécurité
: des outils "simples":
Les matériels utilisés
sont des outils "simples" où l'usure est facilement
détectable.
la plupart du temps, ils sont composés
d'assez peu de pièces, la mécanique étant
visible, ce qui fait en partie leur qualité.
2-- un contact direct :
la plupart des outils utilisés
lors des activités de montagne sont en contact direct avec le
pratiquant.
En effet, le matériel utilisé
est manipulé directement par son utilisateur, ce qui implique
la détection plus facile d'une usure ou d'un défaut
éventuel.
3 -- un matériel personnel :
à partir du moment où le
matériel utilisé lors de l'activité est un
matériel personnel, l'utilisation ou le prêt sous le
contrôle de son propriétaire permet d'apprécier à
tout moment son degré "d'usure" et une mise au
rebut éventuelle.
La vérification ponctuelle
apparaît donc ici peu utile si ce n'est pour prouver le sérieux
du professionnel en cas de mise en cause lors d'un accident.
Il est toujours temps alors de
condamner un éventuel abus.
Un cas concret et un peu
particulier: la corde:
Solide mais délicate, elle est
surveillée en permanence car elle est susceptible à
tout moment de subir des dommages:
La corde passe directement dans les
mains de l'utilisateur : assurage, pliage... toute anomalie est
ainsi détectée "instantanément".
Sans comparaison : Peut-on
comparer le contrôle technique ponctuel que l'on fait subir à
aux véhicules automobiles et un test visuel et tactile (non
destructif) d'une corde? ( type de contrôle préconisé
pour ce type de produit).
Est-il possible de comparer une corde
avec un véhicule ayant de nombreux éléments de
sécurité invisibles dont l'efficacité effective
ne peut être testée que par des appareils spécifiques?
Il apparaît également
quelque peu aberrant d'en fixer la durée de vie moyenne.
Une corde ayant subi de nombreuses
chutes mais n'étant pas usée visuellement peut tout à
fait être encore utilisée sans risques pour faire de la
moulinette.
C’est le cas pour une corde re-coupée
également.
Cette notion de « recyclage »
doit être acceptée.
Même si elle a vieilli, c'est
surtout dans sa capacité d'absorption des chocs. Sa solidité
reste tout à fait suffisante pour un rappel ou une moulinette.
Pour une corde en bon état
apparent ( pas trop usée), Seuls les UV, le contact avec des
produits chimiques ou gras peuvent avoir une incidence grave sur sa
résistance…
Dans quels cas ce contrôle
continu est plus difficile:
-Gros groupes.
-Utilisation du même matériel
par plusieurs personnes.
-Enchaînement d'activités
avec peu ou aucun temps mort.
-Matériel difficilement
contrôlable par son "éloignement"ou son
aspect fixe(corde fixe, tyrolienne, relais...).
-Matériel peu ou ponctuellement
utilisé dans l'activité. (matériel électronique
: radio, A. R. V. A, pharmacie...)
(Ces exemples
contribuent à démontrer qu'un contrôle ponctuel
et espacé ne résout pas les cas critiques.)
L’ENTRETIEN :
L'entretien découle de l'usage
et du contrôle continu :
On peut tenter de classer par ordre de
"priorité" les entretiens à réaliser
sur les éléments de sécurité utilisés
lors des activités de montagne.
Exemple :
- Entretien obligatoire de sécurité
:
Contrôle de fonctionnement des
appareils électroniques : A. R. V. A, G. P. S., altimètre,
radio… Lubrification des coinceurs et des axes des mousquetons…
- Entretien obligatoire de confort :
Affûtage des broches à
glace, piles de la frontale…
-Entretien recommandé (durée
de vie):
Lavage d'une corde sale…
EVIDENCES ?
-Les techniques d'alpinisme sont issues
de son histoire et y sont intimement liées,
de tous temps l'homme à cherché
à aller plus loin, ses limites étant bien souvent
matérielles:
L'avènement de l'escalade
moderne est lié à l'invention de points solides, des
cordes synthétiques, les pointes avant...
-Il semble honnête que le
fabriquant donne la durée de vie de son matériel.
-Conserver une notion de résistance
minimum (mousquetons, matériel d'assurage...)
LES NORMES, UN MAL NESSESSAIRE :
Qu'est-ce qui devrait motiver la
normalisation du matériel "d'alpinisme" et surtout
son utilisation: les accidents sans doute.
Les défaillances du matériel
sont elles si nombreuses pour justifier un tel acharnement ?
Le fait est que les défaillances
matérielles sont rares (rupture de corde, même vielle,
dans un usage "normal" par exemple)
S'émouvoir d'accidents
hypothétiques est déplacé et ne justifie pas, à
mon sens l'établissement d'une réglementation
contraignante.
En deux mots: pourquoi voir des
problèmes là où il n'y en a pas?
(Il ne faut pas oublier que le
pratiquant est le premier exposé en cas de défaillance
matérielle.)
Quelques pistes :
-« Donner du grain à
moudre » :
"Anticiper" la norme ,
soumettre aux commissions et au législateur les problèmes
matériels réels que les guides ou pratiquants ont pu
relever (Résistance mini des mousquetons à 300 kg…).
-Faire admette l'expertise du collège
des guides par la "création" d'une commission
"d'Observation" SNGM, UIAA, UIAGM: (CIA) ?
Arguments :
Une grande partie du matériel
d'alpinisme est créé ou testé par des guides, BE
ou amateurs éclairés avant leur commercialisation (ce
sont un peu les pilotes d'essais du domaine)
Ce sont également des
utilisateurs réguliers et professionnels, aptes à
rendre compte de nombreuses situations critiques ou dangereuses
(établissement d'un registre C.I.A)
-Question : Nécessité
d'une norme pour tout?
Pourquoi ?
Pour "coller" à la
législation?
Personne n’est au dessus des lois ?
Une libre utilisation peut se justifier
dans bien des cas, c’est d’ailleurs ce qui fait avancer les
techniques.(Est-il judicieux de normer quelque chose qui n’a pas de
réel impact sur la sécurité, les libertés
ou sur l’écologie ?)
-Comment devrait se dérouler
l'établissement d'une législation:
Partir d'une réalité de
terrain, établie sur l’histoire, des statistiques et des
témoignages.
Les lois sont faites pour cadrer des
activités après ou durant leur création et leur
évolution.
Vouloir appliquer ou adapter une
réglementation d'ordre général ou spécifique
(industrie) à une activité complètement
différente c'est prendre le problème à l'envers.
Le devoir
d'information :
UN CAS CONCRET : Effet
pervers d'une norme:
Les mousquetons sont toujours testés
selon le petit et le grand axe et doigt ouvert!
Nombreux savent que la résistance
effective se situe aux alentours de 300 DaN !! Selon le petit
axe « réel ».
Je pense que les fabricants (tous
autant qu'ils sont) ont failli à leur devoir d'information et
devraient "dépasser" la norme au lieu de se cacher
derrière, c’est irresponsable.
Cette norme devrait évoluer et
imposer ce devoir d'information au fabricant:
Informer explicitement l'utilisateur
sur la "résistance minimum" du mousqueton et dans
quelle position.
Attention : il ne s’agit en
aucun cas de déclarer les mousquetons dangereux et interdits
du jour au lendemain, mais bien d’informer sur des cas critiques.
MAIS QUE FONT ILS ? UN PEU DE
MAUVAIS ESPRIT ?
Pour les mousquetons il ne fait aucun
doute que l'un ou l'autre saura, le moment venu, faire imposer sa
solution miracle, brevetée et rentable...
Attention: Je ne voudrais pas
diaboliser tous les fabricants mais la très fâcheuse
tendance de certains à vouloir imposer leur matériel
en induisant une norme et le rendant ainsi incontournable porte
atteinte aux libertés et à la concurrence.
Un vieux rêve sans doute :
verrouiller le marché et toucher les royalties...
Imposer son matériel parce qu'il
est bon: pas de problème.
L'imposer par des moyens détournés
plus ou moins tordus c'est condamnable.
CONCLUSION :
Matériel, Norme, réglementation…
Contraintes nécessaires ?
Le « progrès »
devrait permettre à l’homme d’aller plus loin et de faire
plus, au lieu de cela
il nous enferme et réduit nos
libertés.
A nous d’être vigilants,
prendre le bon et rejeter le mauvais.
Il existe un juste milieu entre trop de
réglementation ou pas assez, le législateur a
vraisemblablement du mal à s’y retrouver, à nous de
l’y aider.
Avant on faisait beaucoup de choses
avec pas grand-chose, maintenant on ne fait pas grand-chose avec
beaucoup de choses…